Chap
Aujourd’hui, avec le petit soleil tiède de novembre, la ruelle se mettait dehors, poussait les chaises dans la rue près du bâton du linge et du brasero. « È asciuto’o pate d’e puverielle », dit mast’Errico, le père des pauvres est sorti. C’est le soleil des mois de froid qui met sa couverture sur le dos de ceux qui n’en ont pas. Les voix des marchands ambulants qui profitent des fenêtres ouvertes pour appeler dans les maisons depuis la rue, sont montées à Montedidio. « Olive di Gaeta, tengo olive pietr’e zucchero, calate’o panaro. » Olives de Gaeta, j’ai des olives pierres de sucre, envoyez le panier. Les cris ont une telle force que les gens se mettent à la fenêtre. Du regard, je suis allé du côté de la rue pendant que je travaillais. J’avais envie, non pas d’olives, mais de sortir. J’apprends, c’est ça le boulot, à rester sagement à le faire quand dehors passe un soleil bas qui s’éteint aussitôt, le soir vient et on est toujours enfermé dans la boutique et on l’a vu passer sans le saluer. Chante, dit Rafaniello, les pensées doivent s’évacuer, elles doivent trouver un trou pour sortir, je fais oui de la tête mais il ne sort même pas un souffle rauque de ma bouche. Si je suis là dehors entre les pieds des autres, alors j’arrive bien à sortir une chanson, mais dehors je ne peux y mettre que les yeux. La porte est ouverte, le vent de la mer arrive à décharger une odeur de port jusqu’ici, je crois sentir la veste de mon père, pleine de graisse, de sel, de rouille et de goudron. Il chasse ma mélancolie. Au lieu de chanter, de souffler, j’aspire par le nez un peu d’air de la mer et du vent. Le cri des olives se rapproche. Je pense à mon père qui est dans les soutes et lui aussi a sans doute bien envie de sortir à l’air. Il le mérite plus que moi qui en suis à ma toute première mélancolie.